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juillet 2, 2026
C’est l’un des premiers sujets que j’ai traités sur mon ancien podcast Entrepreneur Care en 2019. Et, je trouvais que le moment était bien choisi pour y revenir, parce qu’en novembre 2026, je fêterai mes 8 ans d’entrepreneuriat, et que je peux enfin faire un bilan avec le recul de quelqu’un qui a vécu les deux statuts, longtemps, dans des conditions très différentes.
Si tu écoutes ce podcast ou si tu lis cet article, c’est peut-être parce que tu es dans une démarche de changement professionnel. Peut-être que tu envisages de quitter le salariat. Peut-être que tu es déjà entrepreneuse et que certains jours, tu te demandes si tu n’aurais pas mieux fait de rester salariée. Dans les deux cas, j’espère que ce que je vais te partager ici va t’aider à y voir plus clair.
Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, j’ai besoin de clarifier plusieurs choses.
Ce que j’entends par « entrepreneuriat »
Il y a quelque chose que je ne supporte pas dans le milieu entrepreneurial : les entrepreneurs qui rabaissent le statut de salarié, qui le présentent comme un choix de losers ou comme quelque chose de honteux. Ce n’est absolument pas ma façon de penser, et ce n’est pas ce que tu vas trouver ici.
Quand je parle d’entrepreneuriat, je parle de tous les indépendants sans exception : les freelances, les prestataires de services, les créateurs de formation en ligne, les créateurs de start-up, peu importe le statut juridique. À partir du moment où tu gères ton activité de façon autonome, que tu sois seule ou que tu aies une équipe, tu es entrepreneuse. Et ça demande exactement le même état d’esprit, la même rigueur, la même discipline, que tu aies deux clients par mois ou que tu emploies dix personnes. Le volume est différent, mais les exigences de fond sont les mêmes.
Mon parcours salarié
Pour que mes conclusions aient du sens, tu dois savoir un peu mon parcours.
J’ai eu mon bac à 19 ans, j’ai arrêté mes études supérieures au bout de trois mois, et je suis entrée directement dans la vie active. Ma première expérience professionnelle, c’était dans une boutique de prêt-à-porter haut de gamme, avenue Victor Hugo à Paris. Et, cette expérience a été extrêmement positive pour moi : on me faisait confiance, on m’avait confié des responsabilités dès le début, l’équipe était géniale, le management était bienveillant. Ce premier manager m’a donné une bonne image de ce que peut être le management en entreprise.
J’ai ensuite enchaîné plusieurs postes dans le prêt-à-porter et le luxe, qui n’ont pas duré plus de trois mois chacun. Ces expériences-là ont été beaucoup moins agréables, notamment parce que j’ai découvert ce que veut dire le management toxique.
Dans l’une de ces entreprises en particulier, j’ai eu une manager qui m’a clairement fait sentir que je n’étais pas de ce milieu. J’avais grandi dans le 19ᵉ arrondissement, ma mère m’avait élevée seule, je n’avais pas les standards physiques attendus dans ce secteur du luxe. Je vais te raconter une anecdote concrète parce qu’elle dit tout.
Je suis quelqu’un de proactif, quand il n’y a pas de clients, j’ai besoin de faire quelque chose. Un jour, je passe une heure à ranger et réorganiser les stocks pendant une période creuse. J’ai à peine terminé que ma manager arrive sur la surface de vente et me dit de ranger les stocks. Je lui réponds que je viens exactement de le faire. Et, elle me répond, mot pour mot : « En fait tu ne discutes pas, tu fais ce que je te demande. » Je n’ai pas été gardée après la période d’essai.
Je passe ensuite quelques mois sans travailler, et je postule chez Lush. D’abord comme conseillère de vente en boutique, pendant un an et demi. Puis je passe au siège. Et là, c’est la révélation : des équipes bienveillantes, une manager qui veut vraiment le bien de son équipe, qui prend le temps de réexpliquer quand on fait une erreur. Une excellente expérience salariale. Je termine ma carrière chez Lush comme manager du customer care digital France, Belgique, Luxembourg, impliquée aussi dans le développement européen du care de la marque, et ça, avec seulement le bac, parce que les personnes qui m’encadraient avaient décidé de me faire confiance sur mes compétences. Sur le papier, c’était vraiment le job de rêve.
Malgré tout ça, il y avait des contraintes dans le salariat que je ne supportais plus au bout de sept ans. Ce sont elles qui m’ont poussée à partir d’un travail qui était pourtant incroyable.
Les horaires imposés, en premier lieu. C’est normal, je le sais, presque tous les salariés ont des horaires imposés. Mais j’avais des projets de devenir maman, et je regardais mes collègues qui l’étaient déjà. Je voyais l’une d’elles se lever à 5h chaque matin pour préparer ses enfants, les déposer à la nounou à 7h, prendre le RER pour arriver au bureau avant 9h — et recommencer à l’envers le soir. Elle ne profitait pas de ses enfants en semaine. Et, avec les déplacements que j’avais en tant que manager, je ne voyais pas comment j’allais pouvoir concilier tout ça.
Les trajets, ensuite. J’habitais en banlieue parisienne, et chaque aller-retour en RER et métro était une épreuve. Je me suis fait agresser plusieurs fois, voler mon téléphone, harceler. Se sentir en insécurité deux fois par jour pendant plus d’une heure, à chaque trajet, au bout d’un moment, c’était simplement au-dessus de ce que j’étais prête à accepter.
Il y avait aussi le fait de ne pas toujours pouvoir m’habiller comme je le voulais. Chez Lush, la boîte était plutôt ouverte, mais je portais quand même mon foulard en turban parce que je n’avais pas encore la force de caractère de l’imposer autrement. Le fait de ne pas choisir ses collègues et d’avoir eu dans cette entreprise des comportements difficiles à vivre, à la limite du harcèlement. Le fait de ne pas pouvoir choisir les projets dans lesquels je voulais m’impliquer, de me sentir limitée quand mes idées ne pouvaient pas être testées pour des raisons de budget ou d’uniformisation internationale. Et enfin ce rôle inconfortable d’être entre la direction et l’équipe, de vouloir des avantages ou des augmentations pour ses collaboratrices et de se les voir refuser d’en haut.
Je ne les aurais pas mentionnés à l’époque, mais avec le recul de l’entrepreneuriat, je les vois beaucoup plus clairement.
La sécurité de l’emploi, d’abord. Elle se fragilise de plus en plus en France, mais elle reste bien plus stable que ce que vivent les indépendants. Les cotisations sociales prises en charge par l’entreprise, les avantages salariaux qui varient selon les boîtes : tickets restaurant, mutuelle, comité d’entreprise… Dans mon ancien job, ma mutuelle était intégralement payée par l’entreprise. Ce genre d’avantages cumulés apporte un confort réel qui n’est pas négligeable.
Le fait de ne pas être seule, aussi. À l’époque, j’avais envie d’être seule, j’en avais assez de collègues que je n’avais pas choisis. Mais avec le recul de l’entrepreneur, je mesure à quel point le cerveau collectif est stimulant. Travailler en équipe, être entourée, les gens avec qui on travaille participent à une très grande part du bonheur qu’on ressent au travail. Et être valorisée, reconnue par un manager bienveillant pour ce qu’on apporte à l’entreprise, c’est quelque chose d’important. Dans l’entrepreneuriat, c’est à nous-mêmes de nous le dire. Il n’y a personne d’autre pour le faire.
Enfin, le sentiment d’être utile et de voir les résultats de son travail à une grande échelle. Dans mon rôle chez Lush, chaque nouvelle pratique mise en place se reflétait directement dans les retours clients. Quand on impacte les humains directement et qu’on en a le retour immédiat, c’est magnifique.
Je me lance fin 2018 comme Customer Care Manager freelance. Moins d’un an après, ma première fille arrive. J’évolue assez rapidement vers la formation en ligne, et en 2021, je crée le Campus Customer Care pour former des professionnelles du customer care freelance. Jusqu’en 2024, mon entreprise est en évolution constante. Tout fonctionne.
Puis ma deuxième fille arrive. Et avec elle, une période que je vais te décrire honnêtement parce que je pense qu’on ne parle pas assez de ces réalités-là.
Ma fille ne dormait pas plus de 20 minutes d’affilée, le jour comme la nuit, pendant un an. Je dormais par tranches de 15 minutes. J’ai développé des problèmes neurologiques constatés avec mon médecin : perte de mémoire massive, difficultés de concentration sévères. J’avais perdu une partie de mes capacités intellectuelles. Depuis, j’ai mis en place une hygiène de vie drastique et j’ai récupéré la grande majorité de mes facultés, heureusement.
Le problème, c’est que c’est exactement à cette période que le marché de la formation en ligne a subi de profondes transformations. Je n’étais pas disponible pour adapter mon entreprise à ces changements, ni physiquement, ni mentalement. Je gérais l’urgence et mon équipe. Mais quand on continue de payer une équipe alors que le chiffre d’affaires diminue, un problème de trésorerie finit par s’installer.
Je ne me suis pas payée pendant plusieurs mois en 2025. Moi qui n’avais jamais stressé pour l’argent de ma vie, même quand je touchais le SMIC dans certains jobs salariés, je gérais par rapport à mes moyens et je savais que quelque chose tombait en fin de mois. J’ai paniqué pour la première fois. Cette angoisse financière, je ne pensais pas la ressentir un jour. Depuis plusieurs mois, j’ai repris les rênes de mon business, et une bonne part de mon travail consiste à réparer ce que cette période a endommagé.
Le premier, et c’est souvent celui qu’on sous-estime, c’est la discipline. Dans le salariat, le cadre existe déjà : les objectifs, les réunions, les deadlines. On est déchargées mentalement d’une grosse partie de cette organisation. En tant qu’entrepreneur, c’est à soi de se l’imposer. Et dans les débuts, après des années de salariat où quelqu’un d’autre posait ce cadre, c’est une transition qui peut être brutale.
L’insécurité financière est un fait, et il faut le dire clairement. Si le business ne fonctionne pas, il n’y a pas d’argent qui rentre. On peut souscrire à des protections, mais ça fait encore plus de charges à assumer. Et en cas de galère de santé, comme j’en ai vécu une, il n’y a pas de compensation de salaire, pas de vraie protection. Si demain mon activité s’arrête, je n’ai pas droit au chômage, alors que je cotise plus qu’un salarié.
La solitude, même quand on a une équipe. On travaille souvent à distance, on se voit peu. J’ai des personnes dans mon équipe avec qui je collabore depuis 2020, et on ne se voit peut-être qu’une fois par an. Ce n’est pas pareil que d’avoir des collègues qu’on côtoie tous les jours. Le côté humain me manque, et je dis ça en étant dans le customer care, où la relation humaine est au cœur de tout ce que je fais.
La charge de travail est aussi un inconvénient réel. Peu d’entrepreneurs travaillent moins qu’en salariat. La norme que j’entends chez beaucoup d’entre eux, c’est 60h par semaine. Sans enfants, je travaillerais de 8h à 20h tous les jours. Aujourd’hui avec mes filles, je tourne autour de 15h par semaine, mais ce n’est pas voulu 😅. Aussi, on gère absolument tout : la communication, la comptabilité, le service client, les produits, parfois la technique. La charge mentale qui va avec est considérable. Et tout est de notre responsabilité : si un client est insatisfait, si quelqu’un de l’équipe fait une erreur qui a un impact sur un client, c’est notre faute. C’est à nous d’assumer.
Le stress, enfin. Je ne suis pas quelqu’un qui stresse facilement dans la vie. Mais quand j’ai commencé à mesurer les conséquences financières de l’année 2024, j’ai connu pour la première fois de ma vie une vraie angoisse autour de l’argent. C’est une expérience que je ne recommande à personne, et que peu d’entrepreneurs évoquent publiquement.
Et les taxes. Je vais m’y arrêter parce que c’est l’inconvénient qui me pèse le plus. En France, en EURL : TVA à 20%, 45% prélevés par l’URSSAF sur ma rémunération, impôt sur le revenu sur ce même salaire qui a déjà été prélevé de 45%, et impôt sur les sociétés sur les bénéfices. En SAS, on frôle les 75 à 80 %. Je ne génère pas des millions de chiffre d’affaires, et je paye pourtant le même niveau de pression fiscale que des entreprises qui en génèrent. Il devrait exister des paliers bien plus fins et progressifs qui tiennent compte du chiffre d’affaires réel, des charges nécessaires au fonctionnement, et des bénéfices, pas des tranches aussi grossières qu’elles le sont aujourd’hui. Ce n’est pas juste pour les petits indépendants, et ce n’est pas juste non plus pour les artisans, les agriculteurs, et tous ceux qui se retrouvent dans les tranches les plus vulnérables.
Si mes impôts étaient utilisés pour financer des hôpitaux qui fonctionnent, des écoles correctement équipées, un système de santé qui tient la route, je les paierais sans me plaindre. Ce n’est pas ce que j’observe 👀
S’il n’y avait que ces inconvénients, je ne serais plus là à t’écrire ça après 8 ans 😏
La flexibilité temporelle est pour moi le premier avantage et le plus précieux. Je peux prendre un rendez-vous médical en milieu de semaine, aller déjeuner avec une amie, travailler de 5h à 8h avant que mes filles se réveillent et consacrer ma matinée à elles. Personne ne me dit « tu reviens avant la fin de la pause ». Cette liberté sur mon temps, qui est ma ressource la plus précieuse, je ne peux plus m’en passer.
La liberté géographique : travailler de chez moi, d’un café, chez ma grand-mère que j’ai envie d’aller voir, en voyage. Et la liberté d’être qui je suis. Je ne mets que des couleurs. Si une entreprise m’imposait de m’habiller en noir tous les jours, je serais la plus malheureuse du monde. Je peux aujourd’hui porter mon foulard comme je le porte dans ma vie, sans compromis. Le fait de pouvoir être soi-même, dans sa façon de s’habiller, d’exister, d’exercer son métier, c’est quelque chose que l’entrepreneuriat m’a donné et que je ne suis pas prête de rendre.
La liberté de création, aussi. Il n’y a pas de limite à ce que je peux faire avec mon entreprise. Je teste ce que je veux, je change d’orientation si je le décide, je crée les projets que j’ai envie de créer. Et quand je me plante, c’est ma faute, ce qui veut dire que ça n’impacte personne d’autre.
Le sentiment d’évolution permanente. Chaque semaine, j’apprends quelque chose de nouveau sur mon domaine, sur le management, sur la psychologie, sur les technologies. Ce développement intellectuel et personnel constant, ce n’est pas tous les postes salariés qui le permettent.
L’impact à son échelle. Je ne suis pas une multinationale qui touche des millions de personnes. Mais la centaine de personnes que j’accompagne chaque année, je le fais bien, à ma façon, avec mes valeurs.
Ensuite, la possibilité de bien se rémunérer, quand l’entreprise fonctionne bien et qu’on est bien accompagnée sur l’optimisation fiscale, ce que je ne suis pas encore suffisamment, est un avantage réel.
Enfin, choisir avec qui on travaille. Je ne travaille pas avec des personnes dont les valeurs sont opposées aux miennes, ou qui n’en ont pas. Ce n’est pas un luxe anodin.
Il n’y a pas un statut meilleur que l’autre. Les deux ont des inconvénients sérieux. Les deux ont des avantages qui valent vraiment quelque chose.
La vraie question à te poser, si tu es en train de douter ou de choisir, c’est celle-ci : quels avantages désires-tu au point d’accepter les inconvénients qui vont avec ? Parce qu’aucun statut n’est parfait, et tu dois simplement être en accord avec les contraintes que tu choisis, parce que ce que tu y gagnes en vaut la peine pour toi.
C’est aussi pour ça que dans le Campus Customer Care, même si je forme des CCM freelances, j’encourage certaines d’entre elles à postuler à des postes salariés en télétravail complet. Si ce que tu cherchais avant tout, c’était travailler d’où tu veux, ce type de poste peut tout à fait te le donner. L’important, c’est de savoir ce qui est non négociable pour toi et ce que tu refuses d’assumer comme contrainte.
Prends le temps de répondre honnêtement à cette question. C’est elle qui devrait guider ta décision.
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